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15/11/2004

La langue bretonne : une dérive communautariste ?

À l'émission 5 sur 5, j'ai eu le plaisir de suivre un reportage (à regarder absolument avec des images sur Quimper !) sur un exemple de colonialisme primaire effectué par le gouvernement français sur les langues minoritaires : le statut du breton dans l'éducation.

La question linguistique est un sujet sensible en France (comme au Québec). Reconnu par l'UNESCO comme langue à part entière, le breton est parlé aujourd'hui par deux groupes de locuteurs : les personnes âgées des zones rurales, et une minorité instruite de quelques dizaines de milliers de personnes qui lutte pour son maintien et sa normalisation face à un État français refusant de modifier l'article 2 de la Constitution ajouté en 1994 qui déclare que « La langue de la République est le français ». Pour illustrer la vigueur de cette politique liberticide, une phrase mythique a traversé les âges : « Il est interdit de cracher par terre et de parler breton ». La juxtaposition de ces deux interdictions illustre bien la nature des moyens employés pour parvenir à réaliser un linguicide en Bretagne.

Le fait que tous les gouvernements, de gauche ou de droite, ont toujours refusé l'idée même d'un débat au Parlement sur un statut des langues dites "régionales" en dit long sur le degré d'ouverture des pouvoirs publics sur un tel sujet. En 1993, les gouvernements français ont d'ailleurs refusé de signer la Charte Européenne des Langues Minoritaires et de reconnaître les Droits Linguistiques des bretons. Dernièrement, l'association Diwan a déposé une plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir des autorités publiques qu'elles respectent les droits linguistiques de la population bretonne.

Depuis les années 70, l'affirmation de l'identité bretonne résiste grâce au renouveau de la musique et de la langue bretonne par les écoles Diwan. Dirigées par une association créée en 1977, et financées par les cotisations, les écoles Diwan sont gratuites pour les familles. Leurs établissements (32 écoles maternelles et primaires, quatre collèges et un lycée) fondent leur projet pédagogique sur le principe de l’immersion : les enfants apprennent le breton avant le français, introduit peu à peu au cours de la scolarité. Les apprentissages de base : lecture, écriture et calcul se font en breton et les élèves deviennent parfaitement bilingues breton-français à la fin du primaire !

Ben non ! Malgré ce niveau de bilinguisme élevé, le ministre de l’Éducation nationale, François Fillon, a refusé d’assister à l’inauguration de l’école Diwan à Paris, qui est aussi la première de ce type hors de Bretagne, lors de la dernière rentrée scolaire. C'est le secrétaire d’État aux Transports, François Goulard, qui a fait le déplacement ! C'est fou, non ? Ce bretonnant a d'ailleurs souligné à plusieurs reprises « la richesse que constitue l’apprentissage du breton », qualifié d’« idée moderne qui permet l’ouverture et l’échange ». Pendant ce temps-là, la fédération de Paris du Parti Radical de Gauche (PRG) n'était pas du même avis, l'estimant "contraire à l'intérêt de l'enfant et à l'égalité des chances". "La création d'une école Diwan à Paris est un nouvel avatar d'une poussée du particularisme régionaliste et d'une dérive communautariste qui menace la cohésion de notre société", ont déclaré les élus PRG dans un communiqué. "C'est pourquoi nous nous opposerons vigoureusement à des aides de toute nature qui pourraient être présentées à l'approbation du conseil de Paris", ont-ils conclu. Je tiens à souligner que le président de la fédération de Paris est Jean-Bernard Bros, adjoint du maire Bertrand Delanoë : quelle mauvaise surprise !

Maudits Jacobins ! ;-)

Quelques dates à retenir :
En 1951, la loi Deixonne autorisait l'enseignement du breton, jusque-là interdit.
En 1976 était créée la première école maternelle Diwan, avec une 1/2 douzaine d'élèves.
En 1978, l'enseignement du breton était autorisé comme Langue Vivante 2, puis comme LV3 en 1982.
En 1981, la licence de breton était créée, en 1986 le CAPES, mais il fallait attendre 1989 pour obtenir la création du DEUG.
En 1993, les gouvernements français successsifs, de gauche et de droite, refusent de signer la Charte Européenne des Langues Minoritaires et de reconnaître les Droits Linguistiques des bretons.
Après ceux de Diwan, les collégiens de la filière bilingue du collège Charles Le Goffic de Lannion se sont vu refuser le droit de passer l'épreuve d'histoire et géographie du brevet des collèges en breton.
En septembre 2004, deux fillettes de Ploubazlanec privées de rentrée en classe bilingue…

Liens externes :
Association Diwan Breizh
Office de la langue bretonne
Histoire de la langue bretonne
Journal communautaire breton
Bretagne.com
An Arvorig

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