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02/03/2005

L'Esquive, un cas de discrimination positive ?

Les César récompensent davantage le travail alors que les Oscar se concentrent sur la production et sa promotion.
Will Smith


Dans les forums, on peut lire des absurdités sur la cérémonie des César suite au sacre du film L'Esquive d'Abdellatif Kechiche. La chicane a d'ailleurs pogné dans quelques cabanes à blogue ( et ) !!!
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L'Académie des César est accusée injustement de discrimination positive sur le film L'Esquive par certains blogueurs. D'après leurs sources fiables, les 3 400 membres de l'Académie auraient reçu des «consignes» de vote ou se seraient encore laissé influencer par les caprices de star de la présidente Isabelle Adjani. À les lire, on imagine les votants réunis dans une cave pour monter ce genre d'attentat politique. Or, les César sont attribués par un vote secret à deux tours des membres de l'Académie. Les bulletins adressés à chaque membre à leur adresse personnelle par le Secrétariat Général de l'Académie sont, une fois remplis, envoyés directement à Monsieur Eric Crussard, Huissier de Justice à Paris. Les réticents peuvent télécharger le règlement de l'édition 2005 sous forme de fichier PDF.

C'est un fait que le palmarès a pris tout le monde de court, y compris Abdel Kechiche. Préférée aux deux favoris populaires (Un long dimanche de fiançailles et Les Choristes) et à Podium et 36, quai des Orfèvres, L'Esquive, sortie sans fracas et avec pour principale promotion une critique unanimement dithyrambique (lisez par vous-même), a remporté les trois trophées médiatisés (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario).

On peut déplorer les oublis qui paraissent cruellement injustifiés selon nos goûts cinématographiques mais il est dangeureux d'affirmer sans fondement que L'Esquive a été l'objet d'un traitement préférentiel de discrimination positive. Hélas, ce préjugé a bon train dans les forums de cinéma (Allez voir sur AlloCiné). C'est une expression malheureuse - et malheureusement populaire en France - utilisée abusivement dans n'importe quel sujet d'actualité. Cette idée politique est une fausse critique sur le manque d'ouverture culturelle de l'Académie des Césars. De plus, le milieu cinématographique a d'autres chats à fouetter : les intermittents, le piratage, le cinéma d'auteur (je vous invite à lire la tribune d'un producteur inquiet), les films nationaux face à la mondialisation, etc.

Il est déplorable que les cinéphiles n'aient pas compris le message des César. Auraient-ils déjà oublié le trio gagnant de la cérémonie ? Quand la mer monte (Yolande Moreau et Gilles Porte), Rois et Reines (Mathieu Amalric) et L'Esquive (Abdellatif Kechiche et son équipe) ? Leur point commun ? Ce sont des films à petit budget sans financement ! Il est donc clair que les considérations politiques n'ont pas guidé le choix des votants, mais bien artistiques. Lors de la remise du trophée pour le meilleur premier film à Quand la mer monte, le réalisateur Gilles Porte a rendu un dernier hommage à son producteur Humbert Balsan, une grande figure de la production française indépendante ayant récemment mis fin à ses jours. Sa disparition a provoqué un vif émoi dans la profession, en France et au-delà. On peut imaginer que cette perte pour la diversité culturelle a eu une influence dans le vote.

Ce palmarès est donc l'expression d'un soutien esthétique pour le cinéma indépendant. Il a permis au cinéma d'auteur d'emporter les trophés les plus convoités sur les têtes d'affiche. L'effet César pourrait bien avoir une influence sur les méthodes de production dans l'Hexagone. Il faut savoir aussi laisser un peu de place aux débutants dans le besoin ou aux jeunes acteurs un peu maladroits. Les César ont pour mission principale d'encourager la création et d'attirer sur elle l'attention du public. Mission accomplie !

Enfin, les César ne peuvent pas être partout ! Le simple fait d'être nommé est déjà une sorte de consécration pour un film. Pour preuve, il suffit d'observer par exemple les affiches promotionnelles : «Tel film avec telle nomination à tel endroit». Malgré les réticences de Sophie, un César a beaucoup d'impact comme n'importe quel trophée. D'ailleurs, cette consécration a offert un de coup de pouce pour le réalisateur Abdel Kechiche qui verra son prochain film produit par le grand Claude Berri. Et le film ressort en salles à la demande de nombreux exploitants. Ainsi à partir de mercredi 2 mars, pas moins de 66 cinémas programmeront son film. De quoi augmenter sensiblement son cumul qui atteint à ce jour 283 578 entrées (ah ! les 2 millions d’entrées de Diva de Beineix après sa récompense en 1981).

Pour conclure

Je laisse la parole à Abdellatif Kechiche :

On a fait une telle stigmatisation des quartiers populaires de banlieue, qu'il est devenu quasiment révolutionnaire d'y situer une action quelconque sans qu'il y ait de tournantes, de drogues, de filles voilées ou de mariages forcées. Moi, j'avais envie de parler d'amour et de théâtre, pour changer.

Qu'est-ce que vous souhaitez que ce film apporte à ces comédiens, et plus généralement aux jeunes spectateurs ?

Une conscience de leur propre potentiel artistique, et par conséquent, une revendication des moyens d'expression. La valeur artistique du travail d'interprétation qu'ils ont effectué constitue pour moi l'évidence d'une avidité culturelle en ébullition, qui n'attend que les structures adéquates et les moyens financiers pour s'exprimer.

Commentaires

Les collectivités sont faites d'individus. J'ai du mal avec les boîtes d'oeufs qui classent les personnes en catégories autant qu'avec les généralisations: une tel entre dans telle catégorie, voyez son nez, entendez son accent ! Le sommet est atteint quand on en arrive à la discrimination positive, consécration du sectarisme.

Un film, un tableau, c'est comme un livre: ça se lit. Ce n'est pas parce qu'un film nous plaît qu'on reconnaît nécessairement que c'est le meilleur. On a ses préférences.

Prétendre qu'un jury s'adonne à de la 'discrimination positive' sur commande, c'est à désespérer de tout.

Ecrit par : Louis | 03/03/2005

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