« Pierre Foglia au Tour de France (I) | Page d'accueil | Regards sur la France par un journaliste québécois »

12/07/2005

Regards sur la France par un journaliste québécois

Le Monde a eu l'idée d'inviter cinq correspondants étrangers pour partager leurs expériences, leurs impressions et leurs analyses sur la France.

Michel Arseneault est leur deuxième invité. Installé à Paris en 1993, il est correspondant européen du magazine francophone québécois L'Actualité. Il couvre aussi pour cette publication le continent africain. Il est également un intervenant à l'excellente émission Le Kiosque sur TV5.

 

Voici quelques extraits qui m'ont intéressé :

 

Premières impressions françaises

A 19 ans, en mai 1978, je suis passé par Paris, avant de me rendre en Italie pour la seconde fois. Là, je suis vraiment tombé sous le charme d'une ville extrêmement belle et intéressante.  Avec cependant quelques étonnements, comme les "dames pipi" ou les toilettes à la turque, bien "exotiques" pour un Nord-Américain. La ville est grande, elle bouge, elle va vite. Les gens discutent, débattent, s'engueulent. (...)

 

Ce qui le déçoit ou l'agace

À Paris, moins souvent en province, il y a des rues entières où tous les commerces ont des enseignes en anglais. (...) J'appelle parfois des services publics français, France Télécom par exemple, et je suis ébahi de tomber parfois sur des messages de répondeur ou d'attente en anglais uniquement.

Les Québécois s'étonnent de voir combien l'anglais fait des ravages ici. Ils sont déçus de voir que les Français ne sont pas des alliés naturels et convaincus de leur combat en faveur de la défense de la langue française, dans la rue et dans les forums internationaux. (...)

Au Québec, la langue française est à la base même de l'identité. Lorsque quelqu'un utilise des mots anglais dans une conversation en français, il est mal vu : on le soupçonne de n'être pas assez futé pour trouver le bon terme en français. Si des néologismes comme courriel (pour mail), pourriel (pour spam) ou remue-méninges (pour brain storming), ou clavardage (pour chat) passent si facilement dans le langage usuel au Québec, c'est parce qu'on pense que ces mots sont de bonnes traductions ou adaptations, inventives et pratiques, et qu'il serait trop facile ou dangereux de se tourner vers l'anglais.

(...) Aujourd'hui, je crois que les Français souffrent d'un petit complexe d'infériorité face au monde anglo-saxon.

 

Ce qu'il trouve remarquable

Avant les années 1990, les minorités n'étaient pas reconnues en France. (...) Aujourd'hui, on évoque couramment la notion de "communautés". (...)

Je crois aussi que je jouis d'une plus grande liberté d'expression en France qu'au Québec. Moi qui suis étranger, je peux critiquer la France, et même la comparer à une "République bananière", sans risquer gros.

(...) Je suis très impressionné par toutes les mesures (crèches, congés de maternité ou de paternité) de soutien à la famille par l'Etat, par les municipalités, par les entreprises ou leurs comités d'entreprise. Le Québec, dont le taux de natalité n'assure pas le renouvellement des générations, gagnerait à s'en inspirer.

 

Le référendum et le "malaise" français

Il y a une part de repli sur soi indéniable : un sondage Louis-Harris a montré que deux Français sur trois ayant voté "non" estiment qu'il y avait trop d'étrangers en France. Il est clair que c'est un "non" nationaliste, en partie de gauche, en partie de droite.

Les tenants du "non" ont souvent dit que leur vote n'était pas un non à l'Europe. Le soir du référendum, cependant, place de la Bastille, je n'ai pas vu un seul drapeau européen. (...) Toutefois, le débat, pour la première fois, a été vraiment européen.

(Y-a-t'il un "malaise français" ?) Je crois qu'il y a plusieurs blocages. Le manque de renouvellement d'une classe politique moins en phase avec la société en est un. Elle manque de parcours diversifiés. Le modèle élitiste (Sciences-Po, ENA) a autrefois donné de bons résultats, moins maintenant où il faut davantage être en phase avec la société. (...)

 

À lire également la première invitée : Vaiju Naravane. Installée en France depuis 1980, elle est la correspondante à Paris pour l'Europe du quotidien national The Hindu, dont le siège est à Madras. Elle avait occupé le même poste pour les quotidiens The Times of India et The Hindustan Times.

Une série d'été interactive intelligente à suivre qui invite les français à questionner sur leur pays. D'ailleurs, qu'en pensez-vous de ce regard québécois ?

Commentaires

Pour ma part, je suis entièrement d'accord.
J'ai un ami Québécois (Repentigny, nord-est de Montréal) qui pense aussi la même chose. On n'a pas pu discuter du référendum, mais on se voit à la fin du mois...J'ai bien hâte de savoir ce qu'il en pense.

Ecrit par : Carnet souple | 12/07/2005

Je suis également curieuse de connaître son opinion. Tiens-moi (et nous) au courant et salutations à ton ami. Et bonnes vacances !

Ecrit par : Gwenaëlle | 12/07/2005

Trés intéressant. Merci pour cet info que je déguste avec plaisir en ma condition d'hybride...

Ecrit par : Etolane | 12/07/2005

Je te redirai ce qu'il m'a dit à ces propos. Je vais exactement lui demander ce qu'il m'aura dit étant donné qu'il est 3 semaines en France avant de venir chez moi. Déjà, au téléphone, il me demandait (sincèrement) qu'à chaque fois qu'il ouvre la bouche, si c'était normal qu'on lui demande s'il était "canadien", et qu'à chaque fois, on lui annone "do you speak english" ?
Pour le premier, je lui ai répondu que oui bien sûr, quand au second, je suis resté coi...

Ecrit par : Carnet souple | 14/07/2005

Très intéressantes remarques d'un "Français décalé" du Québec. L'anglais, en métropole, c'est le snobisme : "moi, j'ai fais des études, j'évolue dans les hautes sphères internationales, je manie avec brio la langue de la modernité". Bien sûr avec des contresens, des faux sens, des à peu près. Mais cela signifie aussi - quoi qu'on dise - que la langue française ne se sent pas sur la défensive. Parler en anglais (nombre de réunions d'entreprise se font désormais en anglais) signifie aussi "résumer sa pensée", "l'exprimer autrement", la condenser en "parler efficace". Il y a eu l'influence de la musique pop venue du Royaume Uni dans les années 60, puis de l'américaine venue de Californie, avec le modèle hédoniste associé. Il y a eu la modernité de l'informatique, puis des films de Spielberg, puis des feuilletons TV. C'est indéniable. Mais la France reste la France avec sa langue qui est en partie artificielle : "l'administrative" est un langage à part, codé; "l'intellectuelle", s'écrit mais ne se parle jamais, sauf sur France Culture, que 2% de la population écoute; "l'ado" est un sabir bourré de verlan ou de mots arabes, qui passe avec la mode; "les régionales", provinciaux parlant entre eux les langues locales... Le français de la littérature n'est plus guère usité. C'est dommage mais ainsi va le monde.

Ecrit par : argoul | 23/07/2005

Les commentaires sont fermés.