21/12/2005

Radio-Canada censure un humoriste

Samedi et rien d’autre est la première émission qu'on m’a invité à écouter lors de mon arrivée au pays. De suite, j’ai apprécié le ton vivant, tantôt bon enfant, tantôt sérieux, assuré par Joël Le Bigot et ses précieux acolytes, et la diversité des sujets. Fidèle auditrice depuis trois ans, Samedi et rien d’autre accompagne mes matinées.

Attachée au chroniqueur François Parenteau, humoriste et membre du groupe Les Zapartistes, j'écoute rituellement ses billets d'humeur sur l'actualité sociale et politique, après les commentaires des journalistes sur la semaine écoulée. J'aime son verbe nourrissant, ses talentueuses imitations, ses tours de chant, sa verve créatrice et ses coups de gueule mordants. Parenteau sait fait rire, hausser les sourcils, et cogiter.

Samedi dernier, j’attendais impatiemment son billet en raison de l’actualité, riche ces jours-ci au Canada : le premier débat des chefs, la session extraordinaire à l'Assemblée nationale par le gouvernement Charest pour adopter ses lois contestées, la controverse sur les publicités du Parti Libéral du Canada plagiant le concept créé par la Ligue nationale d'improvisation sans autorisation, etc. Surprise, il était absent. J’étais assez déçue, en espérant le retrouver la semaine prochaine.

Hier matin, j’en apprends hélas le motif en écoutant l’émission de Marie-France Bazzo, Indicatif présent : congédiement… Je tombe des nues, je suis ébahie. Pourquoi ? Elle ne le dit pas. De plus, elle nous annonce la démission de son chroniqueur, Christian Vanasse, par solidarité à son camarade Zapartiste. Fini aussi les Deux Chris, rogntudjûû ! Comme on dit à cette radio, « écoutez pour voir »:

Je recherche l’information sur internet pour tirer au clair. Je trouve seulement un article verrouillé du quotidien Le Devoir, un léger article dans la Presse, et une note dans le blogue du journaliste Michel Vastel.

Il semblerait que son dernier billet d’humour, La chrétienté de Paul Martin, comparant l'évolution du discours politique du chef libéral Paul Martin à celui de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, livré le 10 décembre dernier, n’a pas fait rire la direction de la radio d’État.

Dans une entrevue à l'émission Maisonneuve en direct, le directeur général de l'information radio à Radio-Canada, Alain Saulnier, a affirmé que M. Parenteau versait plus dans l'éditorial «attitré» que dans l'humour. Il va même jusqu’à le reprocher de… monopoliser l’opinion. C’est la meilleure !

Il a également justifié son congédiement par des explications vagues et malhabiles sur l’art d’une chronique d’humour politique. Franchement ! Prend-t-il les auditeurs pour des arriérés incultes ?

En pleine campagne électorale fédérale, le congédiement de cet humoriste, ne cachant pas ses opinions souverainistes, qui avait l’appui de toute l’équipe de l’émission depuis 8 ans, est maladroit, injustifiable, et choquant. Cela porte un nom : la censure.

Pendant ce temps-là, leur télé d’État tolère les propos discriminatoires répétés de Don Cherry, commentateur de hockey, envers les francophones et les Européens. C’est un monde !

Si vous souhaitez dénoncer cette décision, je vous invite à le communiquer à l'adresse suivante : auditoire@radio-canada.ca

M. Parenteau et M. Vanasse, vous me manquez déjà ! J’espère que vous trouverez une autre tribune pour vous exprimer. Pourquoi pas le blogue ? Heureusement, vous avez encore la scène. Bonne suite et bonne fête quand même !

En souvenir, un des meilleurs billets de François Parenteau : J'ai «pogné» un écureuil !

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